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mercredi 14 janvier 2009

Crépuscule sur le verger des arbres à coeurs

(Pour en finir aves le rose.)

(Quoique...)

C'est une série débutée il y a près de trois ans, autour des arbres à coeurs, des fées, des ombres, des crépuscules, des chats, des vaches, des oiseaux, du vent, dont le dernier avatar est C'est Noël dans le pays des arbres à coeurs :)

Crépuscule sur le verger des arbres à coeurs (mars 2006)
Crépuscule, en Creuse (mars 2006)
Le pont du diable, Lozère (avril 2006)
Septembre, la Celle-Dunoise (octobre 2006)
Lever de lune (novembre 2006)
Le pays où est l'hiver, la Celle-Dunoise (janvier 2007)
Comment planter un arbre à coeurs (octobre 2007)
Barnabé, le cousin du père Noël (décembre 2007)

Le sabbat joyeux (mars 2008)
À continuer, tant que continuent les crépuscules et le cycle des arbres :)

J'ai un projet au long cours autour de ce type d'illustrations, mais il encore un peu tôt pour en parler plus avant ^^

mardi 3 avril 2012

L'arbre qui frissonne et l'oiseau qui pleure

C'est un nouveau crépuscule, ou peut-être une aube, où le monstre aux oiseaux et la sorcière et ses chats conversent.
 
Et c'est inspiré d'un poème saturnien, d'un poème de Paul Verlaine.

“Et dans la splendeur triste d'une lune
Se levant blafarde et solennelle, une
Nuit mélancolique et lourde d'été,
Pleine de silence et d'obscurité,
Berce sur l'azur qu'un vent doux effleure
L'arbre qui frissonne et l'oiseau qui pleure.”
Et c'est une solitaire, une belle endormie.
Et puis, n'ayez pas peur du monstre, voici l'image toute entière.

jeudi 11 août 2011

Les rediffusions de l'été : Crépuscule

Un de mes premiers crépuscules, un ciel gigantesque, inspiré d'un couchant au-dessus de la lande près de chez moi, en Creuse.
C'est l'image du jour, pour le jeu de l'été, si vous voulez participer.

vendredi 20 avril 2012

Si vous cherchez la lune...

Elle se trouve au bout du bout du monde.
C'est en tout cas ce que raconte ce lai, une forme de littérature médiévale qu'il me plait d'écrire, à mes moments perdus. Je ne sais pas vraiment à quoi ça rime, mais je serais ravi d'entendre vos réactions.

C'est un peu long, mais si vous aimez, j'en ai écrit d'autres : Le lai d'Isaïe, Le lai d'Aubrac, Le lai de l'Armance...

Le lai de la lune

sur une île
un comte
appelé Neuvagrok
avait un rêve
qui le hantait
dans ce rêve la lune jouait un méchant rôle
ses rayons blancs
dans son ciel
ou elle rayonnait comme une pièce de 20 centimes
perdue là par je ne sais quel dieu peu
soucieux de son porte-monnaie
dans son ciel elle regardait la terre d’un œil narquois
d’un œil vicieux
son influence était néfaste
assurément
lorsque les éléments se déchaînaient
que de lourds nuages noirs venaient à rendre le ciel
de la nuit
plus noir encore
elle était encore là
elle se montrait dans le moindre trou de nuage
lorsqu’un bateau sombrait
corps et biens
dans une mer d’huile
emporté par le fond
par quelque odieux monstre des profondeurs
qui croyez-vous qui brillait dans son ciel immaculé
la lune encore la lune
et quand une famine dévastait le pays du comte
que ses paysans mangeaient des racines
puis leurs chaussures puis leurs enfants et leurs femmes
elle était toujours là
la lune toujours la lune
si bien que dès qu’elle montait dans son ciel
dans le bleu et le rose du crépuscule
et jusqu’à ce qu’elle le quitte
dans le rouge et le gris de l’aurore
le comte était de fort mauvaise humeur
il dormait mal ses rêves étaient affreux
peuplés d’un lune malveillante
si bien qu’il en vint à développer une légère folie
bref il détestait la lune
et lorsqu’il sortait dans la nuit
il jetait des cailloux vers sa face impassible et grêlée
cailloux qui immanquablement retombaient
et parfois sur son nez
elle le visait la bougresse
un jour
après une tempête une famine
et après avoir perdu trois bateaux sur une mer d’huile
plate comme une coquille d’œuf
le comte ne tint plus
il se mis dans une colère noire
terrible
ses beaux bibelots volaient
il n’en pu plus
j’en puis plus dit-il
au milieu d’une bordée d’injures
destinées à la dame pâle du ciel
j’en puis plus dit-il
et il ajouta ça ne peut plus durer
il faut en finir
au milieu de ses éructations
dès le matin
à la première heure
à l’heure grise et rouge
il convoqua le capitaine de sa flotte
et lui tint à peu près ce langage
j’en puis plus
la lune est fort méchante
j’en suis bien marri
ça ne peut plus durer
voilà ce que l’on va faire
vous allez armer quatre forts bateaux
et vous vous rendrez au bout de la mer
au trou d’où sort la lune
à l’heure bleue et rose
et vous comblerez ce trou
afin que la bougresse ne puisse plus monter dans notre ciel
j’ai dit
obtempérez
le capitaine
qui était un peu lèche-bottes
soutint que c’était une vraiment bonne idée
que seul le comte pouvait en avoir de pareilles
et qu’il obtempérerait dans l’heure même
puis il se rendit au port
et fit appareiller les quatre meilleurs navires du comte
qu’il fit charger de nourriture de poudre et de cailloux
puis lorsque les cales furent pleines
il monta dans le navire de tête
et ils prirent la mer
cap au sud
les trois premiers jours
tout se passa bien
les marins jouaient aux cartes péchaient
les navires filaient sous un bon vent
la mer était étale
pas la moindre vaguelette
quelques cris
les mouettes qui suivaient le sillage des navires
au bout de ces trois jours
ils mouillèrent dans la crique d’une petite île déserte
le capitaine qui était un ambitieux
décida d’y aller planter un drapeau
de l’annexer
une barque fut mise à l’eau
où montèrent six marins et un drapeau
et rustine
le cocker porte-bonheur
un bon toutou aux yeux tout doux
qui faisait la joie des marins
lorsqu’il se dressait sur ses pattes arrières
manière de chien de réclamer du sucre
à peine ils eurent débarqué sur la plage
que rustine
se mit à geindre à pousser des aboiements plaintifs
il s’allongea mit ses pattes sur ses yeux
le vent se levait
les marins se grattèrent leurs six têtes
c’est un mauvais présage
dirent-ils de mêmes six voix
ils avaient un peu peur
mais on n’est pas des poltrons
dirent-ils tous six
on va planter ce foutu drapeau
sur cette petite butte
là au milieu de l’île
et on se carapate
vite fait bien fait
du bateau principal
le commandant qui observait à la lunette
vit ses hommes s’enfoncer dans la forêt
qui tachait de vert le pied de la butte
il vit la forêt les engloutir
il vit rustine qui hésitait à les suivre
qui tournait la tête en tous sens
humant le vent
visiblement inquiet
peu après
le capitaine qui observait aux oreilles
entendit des cris affolés qui trouèrent le silence
le déchirèrent
le mirent en petits morceaux de silence
des cris qui venaient des six gorges des marins
puis le silence se reconstitua retrouvant sa qualité profonde
de silence
plus un bruit
rustine se jeta à la mer
et regagna énergiquement le bateau
où des marins le recueillirent
il tremblait de tout partout
et l’on pouvait lire dans ses yeux doux une peur indicible
les chiens ne peuvent parler
le capitaine et ses marins étaient drôlement inquiets
le capitaine sentit qu’il était de son devoir de rassurer ses hommes
il avait une haute estime de lui-même
il se targuait d’être un fichu bon capitaine apte à
faire face à toutes situations
il parla
et dit
bon d’un air posé
puis poursuivi
on annexera l’île au retour
pour l’instant on est pressé
et il décida de lever l’ancre
abandonnant les six marins à leurs six sorts
bien entendu les hommes étaient tout rassurés
quelles paroles bien senties
rassénérantes
on sent un capitaine compétent
qui tient bien son équipage
faut pas s’en faire
on a tout pour être heureux
des cartes du rhum
un bon lupanar à notre retour
une fille dans chaque port un porc dans
ô mer fille de saturne
quel beau métier que nous faisons là
et ils repartirent
pendant deux jours tout se passa bien
le temps était clair la nuit était noire
toute constellée d’étoiles blanches jaunes et bleues
un léger alizé portait doucement le navire
vers le sud
puis
au milieu des flots
le vigie aperçut une femme
je ne sais quelle naïade je ne sais quelle sirène
une très belle femme
trente secondes plus tard tous les marins étaient sur le pont
lançant des œillades des invitations graveleuses
sifflant la je ne sais quelle naïade
la je ne sais quelle sirène
pour toute réponse la je sais pas quoi
se mit à chanter
une très belle chanson
j’avais une bague à chaque doigt
des tas de bracelets autours des
vraiment une belle chanson
le capitaine qui
attention
avait des lettres
des lettres grecques
se jeta sur une corde et s’attacha au mat de son navire
puis il ameuta les autres marins
les enjoignant de faire de même
et si la corde venait à manquer
de se boucher les oreilles
ce que trois marins sourds n’entendirent pas
quelques-uns suivirent ces conseils les plus avisés
mais tous ceux qui restèrent à faire les beaux sur le pont
ensorcelés par le chant magnifique diabolique
se jetèrent à l’eau
et disparurent en un clin d’œil dans un tourbillon
qui se forma sur le flot
ils furent dévorés tout crus un peu plus tard par quelques
requins en maraude
lesquels abandonnèrent
les cœurs des marins à la belle dame
à la je ne sais quelle naïade
à la je ne sais quelle sirène
le capitaine épris des philosophes du dix-huitième siècle
et d’autres bien avant
haussa les épaules et dit que le comte disait
lorsqu’il ne pestait pas après la lune
lorsqu’il n’était pas non plus sur la comtesse
ou sous
ou
bref
le capitaine dit que le comte disait
quand survint une baleine
une bien étrange
verte recouverte d’algues
l’air furieuse
qui battait l’eau de son immense queue
et qui
surtout
fonçait droit sur le navire amiral
avec la certaine et ferme attention de le couler de le mettre tout au fond de l’eau
puis de sauter à pieds joints sur les restes
ça c’était sûr
elle lançait dans les airs un haut panache d’eau bouillonnante
où s’ébattaient de petits poissons argentés et des crabes rouges
c’était vraiment joli
mais trêve
cap à l’est
toute
ce sont les instructions du capitaine
les marins s’activent sur le pont
ils ont peur
ils ne veulent surtout pas finir piétinés par une baleine
et le bateau vira de bord
tout en souplesse
la baleine le frôla
se retourna pour constater les dégâts
et voyant que le bateau filait droit
qu’elle ne l’avait pas heurté
elle prit un air renfrogné
et s’en alla bouder dans une autre mer
là le capitaine avait été fort
il fallait le voir
une vraie parade de paon
allez je l’ai bien mérité
et il se versa une rasade de rhum
puis une deuxième
puis à la onzième
j’ose à peine l’avouer du bout des lèvres
il entama des chants
comment dirais-je
grivois
salaces
putassiers
pleins de références à pleins de dames de mauvaises vies
de ces dames que les marins ont dans chaque port
puis au onzième chant
au trente-septième verre
il s’effondra
tomba lourdement
dans un mauvais sommeil
sombre obscur comme une nuit sans étoile et sans lune
il faisait nuit
silence
mer étale
et là-bas
qui remue dans l’ombre
quoi
à grand renfort de points de suspension et autres exclamatifs
suspense intolérable
tension à son comble
travelling avant
vers le flot
où miroite mille éclats
où le ciel s’inverse et se décompose
et soudain
vivement
un affleurement visqueux
vite renfoui par l’eau avec un peu d’écume
le temps
à peine
de laisser trace sur la pupille du spectateur galvanisé
au cœur en pétard
qui se mange les doigts
se cache les yeux
fasciné pris par le procédé
enfoncé tout au fond de ce suspense
qualifié d’intenable
tendu
scrutant l’eau noire de nuit et blanche de lune
silence
très profond
floquement assourdi de l’eau
les poissons se sont tus
le temps s’est figé
et puis
qui monte des profondeurs
un grouillement
deux trois mesures de violons un orgue sourd
voilà pour l’ambiance
le grouillement
maintenant on le connaît on a été présenté il est défini
va enflant
remonte
puis crève la surface de l’eau
et rapides comme l’éclair
luisantes comme de lames sous un rayon de lune
deux énormes tentacules
surgissent de l’eau et s’élancent vers le ciel
au milieu d’un geyser d’écume
puis mollement
sagement
rentrent dans l’eau
plan coupe
montage au cutter
silence
on entend seulement pépier quelques poissons volants
le bateau
pris au ras des flots
tranquille
se dandinant tranquillement sous l’effet de petits vagues pas bien méchantes
une lampiote en éclaire le pont
on devine que tout y calme
que les marins abrutis
cultivent des rêves libidineux
peuplés de fiancées à terre
que ces mêmes marins
tout à leurs rêves
ne se doutent pas ne savent pas
points de suspension
et
pour faire bon compte
d’exclamation
la tension est vive n’est-ce pas
c’est bien rendu
bien construit
le type qui fait ça
a du talent
non
puis la caméra se déplace latéralement
le plan s’élargit
le champ s’agrandit
jusqu’à ce que le bateau
soit dans le coin gauche
en haut
pile-poil sous le sou de la lune
et que
accompagné de son orchestre de chambre
au premier plan
un bouillonnement apparaisse
au milieu duquel on devine parfois
l’affleurement d’une tentacule visqueuse pleine d’auréoles gluantes
qui
ô comble du suspense
se dirige tout droit vers le bateau
la bande-son est travaillée
des bruits parasites
comme ferait un grouillement de cafards
ou les pas assourdis d’une famille de rats prise au piège dans une conduite pleine de flammes
tout ça remixé mis à l’envers façon lynch
vraiment bien fait
puis
mouvement ultra rapide
au-dessus des tentacules dans leur bouillonnement
et l’on perçoit
un peu flou
mais c’est fait exprès
sous l’eau
un œil rond gigantesque
tourné vers le ciel
et qui surmonte un large trou noir
où l’on aperçoit fugitivement briller
quelques longues dents
de toute les formes
et là on se dit
qu’il s’agit vraiment d’un animal repoussant
un grand calmar des profondeurs
extrait de là par quelque dieu
quelque scénariste en colère
ce qui revient au même
après ce bateau
et ce capitaine
bien trop soûl pour se rendre compte du danger imminent que courre son navire
la bête malfaisante
est manifestement animée d’intention pas très honnêtes
pour le moins coupables
elle se cherche un nautilius à embrasser
à briser à couler
à venger l’honneur perdu de sa race depuis que celle-ci
à croisé un nemo
assez malin pour lui crever l’œil
pour venger ce splach dégoûtant
le renvoyer dans le passé
pour qu’il y demeure à jamais
et l’oublier pour toujours
n’être plus la fable des grands fonds
de ces crabes bizarroïdes et pâles
qui se prélassent auprès des sources de souffre
de ces cachalots entreprenants
qui visitent parfois la cave des océans
de ces poissons porte feux
fantômes bariolés aux formes alambiqués
de ces anémones blanches dont les bras multiples ondulent doucement
sous un courant provoqué
par quelque éruption lointaine
se venger enfin
revenir au-dessous
le ventre plein de marins
leur montrer qui c’est le plus fort
c’est moi
il est super motivé
le monstre
et il avance vers le bateau
laissant derrière lui traîner un maigre sillage d’écume blanche
puis aux abords du navire
il risque son œil au-dessus de l’eau
rien ne bouge tout est calme silencieux
alors il plonge
pour prendre son élan
pour
d’un bond formidable
heurter le bateau
le renverser le faire chavirer
puis manger un à un les marins tombés à l’eau
les broyer dans ses tentacules monstrueuses
le voilà qui fend les flots puis qui cogne le bateau
ça fait splosh
et le bateau tangue oscille
un petit peu
mince je suis mou
il se souvient
il est un calmar géant
geantatis calmaris
zut je suis mou
il maugrée pas content du tout
se gratte la tête
cherche une solution
comment renverser ce bateau
rien
rien à faire
c’est ça que d’être une bête molle
il maudit son créateur
qui aurait pu le faire rhinocéros des mers
hérisson des océans
avec quelque chose d’un peu dur d’un peu piquant
quoi
mais non
il a du être conçu dans la nuit du septième jour
au dernier moment dans l’urgence
on l’a bâclé
c’est embêtant ces gens qui ne pensent pas à tout
comment faire
que faire
que je suis bien triste
et le menton entre deux tentacules
il s’en retourne dans ses profondeurs
l’œil triste et trouble
à bord
les marins ronflent dans leur sommeil
puis le jour
comme chaque jour
se lève
et le soleil illumine les voiles blanches du navire
et les marins s’étirent
et ils ne se souviennent de rien
le capitaine lui n’a pas dormi
il s’est penché sur ses cartes toute la nuit
le bout du monde est proche
on arrive bientôt
la manœuvre est subtile
il faut approcher ce bout précautionneusement doucement
en tenant compte des courants et des vents
pour n’y pas tomber
au matin
maintenant que le soleil blanchit les voiles
il a hâte de donner des instructions aux marins
il réunit les hommes
ils rouspètent un peu
pour le principe
puis se groupent sur le pont
et le capitaine leur tient à peu près ce langage
nous arrivons au bout du bout du monde
il faut être très prudent
avancer doucement le navire vers ce gouffre noir que vous voyez là-bas à l’horizon
où ça
je vois pas mais si
regarde
et chacun d’écarquiller les yeux
et de chercher à l’horizon le gouffre noir du bout du monde
et les hommes se mettent à la manœuvre chacun à sa place
c’est beau c’est émouvant
le bateau avance doucement vers le gouffre un peu de travers
puis juste à son bord s’immobilise
alors les marins descendent aux cales
chercher les rochers qu’ils ont transporté
puis déverse le tout dans le gouffre
la lune fait ouille
la lune fait aille
la lune est bien mal
terrée dans son gouffre à prendre des cailloux sur la tête
aille ouille
la lune se sauve à l’autre sortie de son gouffre
la lune se sauve vers la chine
elle fuit
les marins ont vite fait de combler le bout du monde
le gouffre n’était pas si noir si terrifiant que ça

depuis
sur une île
un comte
appelé Neuvagrok
n’a plus peur de la lune
il n’y a d’ailleurs plus de lune
les nuits y sont noires comme dans une mine
depuis
la lune ne luit qu’en chine
quant aux marins
ils rentrèrent sans encombre
se marièrent puis vécurent heureux en ayant plein d’enfant

comme il sied

mercredi 26 octobre 2011

Des oiseaux et des coeurs

Le 26 octobre est une date particulière ici, car c'est notre anniversaire d'amoureux.
Et pour le fêter, quoi de mieux qu'une illustration pleine d'enfants, de monstres, d'oiseaux, d'Albertine et de vent ?
 
 
 
Et c'est aussi un nouvel arbre aux coeurs... Vous savez, cet arbre qui pousse au crépuscule...

vendredi 17 avril 2015

Grand grand soir

Il y a bien longtemps que je n'avais pas dessiné une haute image. Et j'avais envie.
Alors voilà, un nouveau crépuscule.

jeudi 10 juin 2010

A world within' a world

Cela faisait longtemps que me titillait l'envie de faire un nouveau "crépuscule". Voilà c'est chose faite.
Occasion m'a été donnée par mon intervention à Fleurat, Creuse, dimanche après-midi prochain, à partir de 14 h 30, en compagnie du conteur Bernard Blot, pour une rencontre et un atelier.

Voici l'image.
Et les petits détails, as usual.

jeudi 2 août 2012

Parfois dans le soir

Lorsque le soleil se couche, sous les chênes, les girafes creusoises sortent admirer le crépuscule et cueillir des oiseaux et des chats.


lundi 20 décembre 2010

Le lai d'Aubrac

J'aime à écrire ces “lais”, même si je ne sais pas trop quoi en faire, d'autant qu'ils ne sont peut-être pas pour les enfants. Celui-ci a été écrit après des vacances sur les terres de mes grand-parents, en Lozère, sur le plateau d'Aubrac, avec les petits murets, les couleurs, la désolation et les vaches aux yeux de biche.
J'espère que cela vous plaira.
le lai d’aubrac

la lande jaune ondoyante sous un ciel d’orage
un ciel mauve gris vert
lourd menaçant
plein d’une pluie à venir
de grêle d’éclairs et de neige
le vent fait son travail de vent
il souffle en sifflant
il court sur la lande
libre généreux ample
aucun n’arbre n’est là pour l’arrêter
le combattre lui dire stop
t’es pas de ma bande
il souffle et il siffle
les moutons les vaches aux yeux de biche
s’assemblent se rassemblent
pour ne pas disperser leur chaleur
fait frisquet
et ce vent et ce ciel et ce qui doit advenir
font peur
et quand on a peur l’on est mieux en groupe en grappe on se raconte des histoires drôles
des histoires d’agneaux maladroits de veaux à trois têtes
de vachers et de bonnes filles
on passe le temps pour oublier le temps
en attendant gentiment
quand on sera à court de laine
quand on sera à court de lait
la masse du boucher
le coup au crane qui renvoie avant la naissance
avant le chaud du ventre de maman
avant tout
au rien
les nuages roulent
dans le lointain on entend déjà l’hallali des tonnerres
un grondement assourdi qui dit
me v’là j’arrive
et qui s’approche se rapproche
tonitruant
avec sa pluie qui fouette avec sa pluie qui glace
ses grêles comme des cailloux
sa neige douce qui marquera la fin de l’orage
qui recouvrira l’herbe jaune
fera des rochers des hommes de neige
et des murets
des armées saisies dans leur marche
ça va glacer le museau
il faudra gratter la neige
pour atteindre quelques brins gelés
vivement la bergerie
vivement l’étable
qu’il fasse chaud que les murs nous protègent du vent
que le foin soit bon
mais le vacher la bergère ne risquent pas de venir
par ce temps par cette menace
ils doivent être trop occupés à souiller notre foin
à peu de là
dans un vieux bâtiment au pierres mal ajustées
au toit qui louche aux murs qui tremblent
sous les coups des vents sous les rafales des pluies
sous ce toit entre ces murs
si l’on dresse l’oreille si l’on oublie l’énorme pssscchhh du vent
les flic-floc assourdissants de la pluie
le ttrrrr vrammm des tonnerres
si l’on oublie tout cela
si l’on tend bien l’oreille
on peut entendre des gémissements
et si
curieux voulant savoir quelle bête crie de la sorte
si l’on brave les éléments déchaînés et que l’on jette un de ses yeux
discrètement on ne sait pas ce que sait tout de même
mieux vaut être prudent
si le loup était monté de margeride du gévaudan pour se réfugier dans cette grange écroulée sur cette steppe jaune verte et mauve
balayée par les pluies les vents la neige
et si l’on jette un oeil
on peut voir que la bête à deux dos
que la bête est une bergère
une bergère nue
brune aux seins ronds
que la bête est un vacher
un vacher nu
brun et sans sein
si l’on s’éloigne
en marchant sur des oeufs
il ne faut pas déranger cette bête
et si l’on rebrave les éléments
et si l’on n’est pas emporté par une rafale
et si l’on parvient sain et sauf jusqu’à la taverne
du petit village de pierres brunes et d’ardoises bleues
recroquevillé dans un plissement faisant le gros dos
si l’on y rentre
on peut y entendre
si l’on choisi le bon pochard
non pas celui-ci le tout sec il ne dira mot il se méfie des étrangers
oui celui-là le tout rond le jovial le tout rouge
si l’on a bien choisi
l’on peut y entendre
l’histoire de cette bête l’histoire de ces amants
le feu crépite dans l’âtre on prend un verre on en offre un au tout-rouge
et on l’interroge sur ces deux amants
il lève les yeux semble chercher loin dans sa pensée
profond
puis il parle
autrefois
dans notre petit village il y avait deux familles
l’une riches paysans qui possédaient au moins dix-sept vaches
vous savez de nos vaches celles aux yeux comme biches
l’autre la mère et sa fille très pauvre
vivant de quelques coutures pour tout dire de la charité publique
dans la famille des riches paysans vint au monde un beau garçon
braillant comme un loup potelé de partout
dans l’autre famille vint au monde une fille
on n’a jamais su qui était son père
une fille au larges yeux bleus
les années passèrent
ces deux enfants grandirent
ils étaient inséparables
tout petit déjà quand il menait les vaches aux champs
elle l’accompagnait
lorsque l’hiver les vaches bien au chaud dans leur étable
serrées les unes contre les autres
n’avaient pas à sortir
à la veillée
ils se blottissaient l’un contre l’autre
suçant leur pouce
écoutant les vieux qui racontaient des histoires
de sorcières et de loups
de bêtes du gévaudan
des histoires du bon vieux temps
l’hiver aux veillées
aux coins d’un bon feu
qui faisait luire leurs yeux
alors que dehors
le vent soufflait sur le plateau
en formant des congères avec la neige
alors que dehors le vent sifflait
et qu’une bonne chaleur
et l’eau de vie la gnôle de l’aubrac et l’aligot
chauffaient les cœurs
ils veillaient
suçant leur pouce
plus tard ils grandirent
menèrent les vaches
ensemble
aux pâturages verts et jaunes
plein de beaux chardons mauves
les parents du garçon s’inquiétaient de cette fréquentation
de ce déclassement
leur grand frayait avec une moins que rien
alors que tant de grasses filles de propriétaires
aux jours roses
à la poitrine déjà ample
auraient fait de bien meilleurs partis
ils s’inquiétaient
ils disaient
bah ça lui passera
et quand le temps sera venu
on le mariera à la francette à la suzanne
à la bernadette
toutes filles amples roses et grasses
filles de bons propriétaires
pourvues de bonnes dots
pas des souillons
elles
pas des filles de je ne sais quelle marie-couche-toi-là
de bonnes filles qu’on un père
elles
pas un vagabond
quelque pouilleux de passage
qui
lorsqu’il ne chasse pas ses poux
engrosse les pauvres filles
une fille sans avenir
qui traînera plus tard
dans les rues de la grande ville
loin
à marvejols à mende
mendiant son pain
vendant son corps aux premiers venus
pour quelques sous
notre garçon n’épousera pas cette traînée
cette fille sans avenir
elle n’a pas de dot
elle ne sera jamais notre bru
drôle d’ambiance dans le village
tout le monde prenait partie contre ce joli petit couple
ce petit couple d’amoureux qui ne demandait pas autre chose
qu’on les laisse tranquilles
une bonne grange et du foin moelleux
qui ne demandait rien
juste à rester ensemble
au lieu de cela
lorsqu’ils apparaissaient dans la rue du village
les enfants leur jetaient des pierres
les vieux grognaient
les femmes
bonnes matrones grosses hanches de reproductrices
les injuriaient
c’était pas la joie
puis un jour
à force de fouler le foin à force de se réfugier dans les granges
il arriva ce qui devait arriver
aux jeunes gens peu précautionneux
aux jeunes gens amoureux
la fille fut enceinte
elle le cacha d’abord
puis les mois passant
elle s’arrondit
si bien qu’on ne put plus ignorer son état
ça jasait sec à la taverne
ça s’échauffait
ça criait
le patron était content
on n’avait
de mémoire de villageois
jamais fait une telle consommation de gnole
on s’entraînait
et plus cela devenait violent
puis les hommes
abrutis par l’alcool
le cerveau gourd
embrumé
leur sang ne fit qu’un demi-tour
prirent une décision
ils prirent leurs fourches
c’était au crépuscule à l’heure des loups
il faisait moche c’est-à-dire que c’était beau
le ciel était bas et lourd et mauve
comme un couvercle mauve
l’herbe rase était jaune puis verte puis jaune
enchardonnée de violet
ambiance genre sleepy hollow
les vaches se faisaient toutes petites
tassées dans leurs étables
toutes silencieuses
apeurées par le fracas des éclairs
mamans vaches calmant enfants veaux
qui couinaient doucement et tremblaient tremblaient et tremblaient
il y avait quelque chose dans l’air
quelque chose de tordu de pas sain
les hommes excités parcouraient rageusement le village
à la recherche des amants fautifs
eux ne s’en faisaient guère
réfugiés bien à l’abri dans une grange
sur un foin sec et chaud
ils s’aimaient tout doucement
lentement
dans le vacarme de l’orage
soudain la porte s’ouvrit sous une bourrasque furieuse
une bourrasque de haine
la bourrasque des hommes trop souls
ils les attrapèrent
et les traînèrent nus sous l’orage
tout en les frappant de leurs pieds de leurs poings
du manche de leurs fourches
les hommes affolés par le sang qu’ils répandaient
de ses corps qui se disloquaient
de cette fille qui cherchait à protéger son ventre
à protéger son petit
redoublaient leurs coups
de plus en plus furieusement
de plus en plus violemment
si bien qu’à la fin
il ne resta des deux amants
que deux pardon trois corps inertes
sanglants
méconnaissables
désarticulés
beautés mises en charpie
beauté lapidée
sur laquelle les bêtes cruelles continuaient à s’acharner
enfin enfin
fatigués de cogner
ils s’arrêtèrent
abandonnant les corps sur l’herbe rase jaune puis verte puis jaune
tachées de chardons
puis rouge
d’un sang vraiment pur
d’un sang amoureux
d’un sang répandu par la haine

depuis
à chaque tempête
à l’heure des loups
lorsque l’orage trempe le ciel
y dispose de lourds nuages gris et mauves
lorsque les vaches-biches
se tassent dans leurs étables se font toutes petites
se serrant et rassurant leurs enfants
depuis
à chaque tempête
lorsque les éléments se déchaînent
sur la lande jaune puis verte puis jaune
piquetée de chardons on entend
ces gémissements de loup
et si l’on fait attention
si l’on approche précautionneusement
de la grange
qu’on y risque un œil
on peut voir sur le foin
empourprés dans un halo
deux magnifiques spectres
qui ne cessent de s’aimer